Manger ce que l’on aime et voir son poids se stabiliser : quand je formule cela en consultation, j’obtiens presque toujours la même réponse. « Ce serait un miracle, mais on sait bien que ce n’est pas possible. »
Pourtant si. Et ce n’est pas une astuce, c’est de la physiologie. Je vais vous expliquer pourquoi la privation est précisément ce qui vous fait grossir, et pourquoi s’autoriser un burger ou du chocolat n’est pas un écart mais une condition.
Ce que la restriction fait vraiment à votre corps
Toutes les personnes que je reçois ont un point commun : elles ont essayé. Comme j’aime, Dukan, la soupe au chou, Weight Watchers, les plans alimentaires stricts qui obligent à tout peser et à finir son assiette.
Le constat est toujours le même : du poids perdu, puis repris quelques mois plus tard, souvent davantage qu’au départ.
Ce n’est pas un manque de volonté. C’est une réponse logique de votre organisme. Quand vous le mettez en restriction, quand vous luttez contre vos envies, vous cessez de l’écouter. Votre métabolisme s’affaiblit à chaque régime, et votre corps apprend à stocker le gras et le sucre dès qu’il en trouve, en prévision de la prochaine privation.
Autrement dit : plus vous vous privez, plus vous préparez votre corps à reprendre.
Vous êtes né avec un régulateur intégré
Le comportement alimentaire n’est pas quelque chose qu’il faut apprendre. Nous naissons tous avec une capacité de régulation, et elle repose sur trois mécanismes qui travaillent ensemble.
La régulation énergétique
Vous percevez la faim, vous mangez, vous vous arrêtez quand vous êtes rassasié. C’est le plus connu, et le premier que les régimes détruisent.
La régulation nutritionnelle
Vous avez envie d’un aliment plutôt qu’un autre : c’est l’appétit spécifique. Vous vous arrêtez quand l’envie de cet aliment-là est satisfaite. Votre corps sait ce dont il a besoin, à condition qu’on le laisse le dire.
La régulation émotionnelle
Vous ressentez un inconfort, une émotion, un besoin de réconfort. Vous mangez quelque chose de réconfortant, et vous vous arrêtez une fois apaisé.
Ce troisième mécanisme n’est pas un défaut. Manger pour se réconforter ne pose aucun problème tant que cela reste occasionnel et que l’on attend d’avoir vraiment faim pour le repas suivant.
Un exemple concret
Il est 18 heures. Grosse journée, un coup de stress, un besoin immédiat de souffler, même sans faim réelle. J’achète un éclair au chocolat. Je le mange en conscience, en sachant exactement pourquoi il est là : il me réconforte.
Aucune incidence sur mon poids, à une condition : j’attendrai d’avoir réellement faim pour dîner.
Comparons avec l’autre scénario. Même stress, mais cette fois je lutte. Une heure, deux heures, trois heures. Je tiens bon. Et puis je craque, et j’avale un paquet entier en deux minutes, parce que la théorie du « foutu pour foutu » s’installe.
Si j’avais accepté de répondre à ce besoin, j’aurais mangé deux biscuits. En conscience. Mon corps et mon mental auraient compris qu’on les écoute, et aucune frustration ne se serait installée.
L’interdit crée le désir
C’est le mécanisme le plus simple et le plus sous-estimé. Plus on place certains aliments sur un piédestal, plus on les déclare interdits, plus on les désire.
Ce ne sont pas le burger et le chocolat qui abîment votre corps. C’est de vous en priver qui provoque les craquages, puis les compulsions.
En restriction cognitive, vous passez votre temps à lutter contre votre propre mental. L’alimentation intuitive fait l’inverse : elle cherche à réconcilier les besoins physiques et les besoins psychologiques, au lieu de les opposer.
Par où commencer
On ne demande pas à quelqu’un qui enchaîne les régimes depuis dix ans d’écouter ses signaux de faim du jour au lendemain. Ces signaux sont devenus inaudibles, et c’est normal.
Le travail consiste d’abord à repérer les besoins non comblés qui déclenchent tel ou tel comportement, puis à déprogrammer les croyances accumulées au fil des années. La pleine conscience est un outil précieux pour cela : elle rétablit le dialogue entre le corps et l’esprit.
Chacun possède la capacité de se réapproprier son corps et de retrouver naturellement son poids de forme. Être bien dans son corps n’est pas synonyme de poisson vapeur et de haricots verts. C’est un équilibre à retrouver.
Et cet équilibre commence par une question simple : pourquoi est-ce que je mange ?
Faim réelle, réconfort, récompense ou habitude : repérer ce qui déclenche vos prises alimentaires est le premier pas, et c’est aussi le plus éclairant. Faites le test pour découvrir quel type de mangeur vous êtes.
